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Internet pour tous : Big Brother tisse sa toile.


En 1998 Larry Page et Serge Brin fondent dans la Silicon Valley, la société Google. À la base, une intuition de génie : le web, c’est bien, mais pour si retrouver, il faut un moteur de recherche. On sait ce qu’il en est devenu. Tandis que les pays développés et leurs FAI se concentrent sur « qui ira le plus vite », ou qui lancera la dernière technologie, deux tiers de la planète rament : manque de fond ; un public cible à très bas revenu ne pouvant se payer de couteux abonnements. Résultat, et on le connaît bien à Madagascar, les pays pauvres ont l’internet le plus cher de la terre avec le moins bon débit.

Le colossal enjeu.

En Europe, 77 % de la population est connecté, pour seulement 16 % en Afrique. Cela donne une échelle de l’enjeu. Les 23 % d’Européens à connecter se feront quasi automatiquement, sauf quelques rares zones particulièrement reculées. Le développement démographique des pays riches est faible. La concurrence est dure. La croissance limitée. Seuls les bouleversements technologiques et l’obsolescence lui donnent des coups de fouet.
L’Afrique, et en général dans les pays dit sous-développés, sont un autre cas de figure : évolution démographique puissante et tout le monde, ou quasiment, à équiper. Les grands de ce monde à la recherche de consommateur l’on bien compris. Gagner un client dans le tiers monde est bien moins cher, et surtout, bien plus facile. Reste à franchir l’obstacle du prix, car les revenus moyens par habitant sont très faible, pour ne pas dire inexistant une fois le loyer, l’électricité et la nourriture payée. Mais à la clé : un marché phénoménal de pas moins de trois milliards de personnes minimum.

Google : rencontre du troisième type.

L’histoire de la compagnie américaine pourrait se résumer à deux grandes phases. Tout d’abord, le développement de son moteur de recherche. Puis, l’innovation et l’investissement dans tout ce qui marche ou offre un important potentiel sur le net. On sait que Google s’est donné comme mission « d’organiser l’information à l’échelle mondiale et de la rendre universellement accessible et utile ». Si la première partie de la phrase semble acquise, reste donc à mettre en œuvre une prochaine phase : l’accessibilité à tous. Que les services Google ne soient pas réduits à un joujou de bien dotés, mais assurer la dimension mondiale. Chaque habitant de la terre, fera d’une manière ou d’une autre du Google au moins une fois par jour. Un seul hic à ces objectifs : ces deux tiers de la population mondiale non-connecté. Le plus fort potentiel de développement et la majorité des habitants de la terre.

« Si tu ne viens pas à Lagardère, Lagardère viendra à toi »

Les services existent et tracent leur chemin. Les smartphones et autres tablettes low-costs permettent l’accès à internet. Reste à avoir un internet à bas prix, et surtout, performant. Avec au minimum le très haut-débit pour pouvoir utiliser les services dans les meilleures conditions. YouTube, c’est bien, mais quand il faut s’y reprendre à dix fois pour regarder un clip flou, c’est nul. Par opposition, dans les pays qui bénéficient de la fibre à un prix acceptable, le même YouTube fait une concurrence plus que notoire à la TV traditionnelle. Certains adolescents passent plus de temps sur leur ordi que devant la télé. C’est un changement de société : la télé traditionnelle appartient au passé.

Google investit donc dans l’accès mondial à un internet haut-débit pour s’assurer un avenir proche avec une échelle de croissance au moins égal à celle obtenue lors de ces 25 dernières années. Deux ont d’ores et déjà vu le jour : Google loon, lancement de ballon dans la stratosphère pour couvrir des zones difficiles avec de l’internet supérieur à 3G. Et l’incroyable projet, digne d’un scénario à la James Bond, 03B, dont les premiers satellites ont été lancés à Kourou en Guyane Française, le 14 juin 2013.

Google Loon : le projet du laboratoire Google [X].

loon-preparation-decollage

L’objectif est de fournir un accès internet à tous, peu importe l’espace géographique dans lequel il se trouve. En d’autres termes, pouvoir se connecter en haute montagne ou au milieu du désert pour faire simple. Pour vaincre les obstacles naturels, une idée simple : des ballons à hélium qui dérivent au gré des vents, dans la stratosphère, de 18 à 27 km d’altitude. Chaque ballon permettrait de se connecter à internet dans une zone d’à peu prêt 1 200 km2. Plusieurs centaines d’internautes pouvant se connecter simultanément avec un débit au moins égal à de la 3G. Les ballons restent en l’air environ une centaine de jours. Le coup est évidement le moteur du projet : un ballon en l’air, coûte infiniment moins cher qu’un satellite. Reste à savoir comment (et qui va) organiser la récupération des ballons et leur re-lancement.
L’expérimentation est en cours, avec une trentaine de ballons lancés en Nouvelle-Zélande.

O3b : Other 3 billion ! Mieux que la fibre, et, pour tous !

Ce deuxième projet, plus réaliste, est un truc de dingue. Google n’y est qu’investisseur, mais y est tout de même. Les autres partenaires sont : SES, Google, Liberty Global, HSBC Principal Investments, Northbridge Venture Partners, Allen & Company, Development Bank of Southern Africa, Sofina, Satya Capital and Luxempart. O3b Networks is headquartered in St. Helier, Jersey, Channel Islands.

L’idée de génie vient de Monsieur Greg Wyler, le fondateur. À l’origine, une histoire que nous connaissons bien tous ici à Madagascar. Greg Wyler se promène en zone rurale au Rwanda et il déplore la mauvaise qualité du débit internet. Pour nous, cela s’arrêterait là. On râle et on fait avec. Seulement, lui, il est directeur d’une grande firme mondiale de télécommunication, et riche. Il ne lui en faut pas plus pour lancer cet incroyable projet : lancer 12 à 16 satellites à 8 000 km de la terre pour couvrir une zone permettant à l’essentiel des pays du sud de la terre d’avoir un accès internet avec un débit supérieur à celui de la fibre ! Et ceux, à faible coût, puisque 3 fois moins cher qu’avec un satellite normal. Hier, les quatre premiers satellites en place dans une fusée Soyouz, on décollé de Guyanne. Suivant la réactivité des opérateurs, dès 2014, les premières offres devraient poindre leur nez.

O3b : 180 pays en zone tropical et équatoriale visée

O3b Networks Limited a conçut ces satellites dans les usines de Thales Alenia Space. 650 kg de muscles de technologie chacun qui vont planer à 8063 km au dessus de nos têtes. Une distance quatre fois plus proche de la terre qu’un satellite géostationnaire conventionnel. Grâce à une bande large, ils émettront leurs signaux auprès des régions du globe comprises entre -35 et +35° de latitude. Ceci permettra à l’Afrique jusqu’au sud de l’Europe, la presque totalité de l’Amérique du Sud, le Moyen-Orient, l’Asie du Sud-Est et l’Océanie de profiter de cette innovation majeure. La commercialisation étant confiée au FAI, reste à savoir qui s’en occupera et comment les gouvernements l’accepteront. À Madagascar, Augustin Andriamananoro s’est fait payé le voyage à Kourou pour voir le décollage de la fusée Soyouz. Gageons donc que 03b Networks mesurent bien l’importance des enjeux politiques et qu’ils mettent les moyens pour choyer les éventuels décideurs.

À Madagascar…

Pour l’instant, tout est trop chaud. On ne s’est donc rien. L’opérateur champion du satellite ici, c’est Blueline. On imagine qu’ils sont déjà sur le coup. Ceci leur permettrait sans aucun doute de se remettre dans la course phase aux autres mastodontes. Telma et Orange on déjà de grosses installations câbles sous-marins à rentabiliser. Airtel fait sont chemin dans le web gasy, souffre d’un retard conséquent et d’un manque de légitimité ici, mais est si fort à l’international qu’ils peuvent, sans problème négocier avec 03b des contrats multinationaux conséquent… Et quand on a l’Inde dans le lot, ça pèse !

De notre côté, le plus gros souci va donc être encore une fois politique : un vrai gouvernement stable avec un président élu pour négocier de manière durable, ce qu’il y aura à négocier. Et qu’il soit bien conseillé, pour qu’on en bénéficie le plus rapidement possible, sans que les taxes gouvernementales et des différents opérateurs ne gâchent le principal intérêt de la chose : un accès très haut débit low-cost pour tous. L’esprit serait de respecter le principe : il est préférable de gagner 1 centime sur 1 milliard de personnes, que de vouloir gagner 100 000 000 sur une seule. Sachant en plus que la première solution est plus pérenne.

juin 25, 2013
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